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Le guide · Boisson bretonne

Le chouchen : ce que c’est vraiment, et comment le boire

Chouchen ou hydromel, où passe la frontière ? Quel degré, avec quoi il est fait, à quel moment le servir, et ce que vaut l’histoire du venin d’abeille. Le guide d’un restaurant breton à Paris.

  • 14 à 16°
  • Miel fermenté
  • Ni AOP ni IGP
Miel fermenté plusieurs mois14 à 16°, le degré d’un vinLe mot est né à Rosporden en 1895

Le chouchen est la boisson bretonne au miel fermenté. On la présente partout comme « l’hydromel breton », ce qui est vrai dans la conversation et faux sur une étiquette : depuis un décret de 1911 toujours en vigueur, le mot « hydromel » est réservé au miel et à l’eau, rien d’autre. C’est la première chose que cette page tient à mettre au clair.

Le reste suit : avec quoi il est fait, quel degré il titre réellement, comment et quand le boire, d’où vient son nom, et pourquoi l’histoire du venin d’abeille qui ferait tomber en arrière ne tient pas debout. Si vous cherchez plutôt les accords avec un repas breton complet, la page des boissons bretonnes est ici.

Mise à jour : septembre 2026

Définition

Qu’est-ce que le chouchen ?

Le chouchen est une boisson bretonne obtenue en faisant fermenter du miel dilué dans de l’eau, pendant plusieurs mois. Il titre 14 à 16°, se boit frais et à petites gorgées, à l’apéritif comme au dessert. Aucune distillation, aucune cuisson : c’est une boisson fermentée, comme le vin ou le cidre, pas un alcool fort.

Le miel fait office de cépage. Un miel de sarrasin, très présent en Bretagne, donne une boisson sombre, presque réglissée. Un miel de fleurs ou d’acacia donne quelque chose de beaucoup plus doux et floral. Deux chouchens peuvent n’avoir presque rien en commun, ce qui explique les avis très partagés sur le produit.

Le nom, lui, induit tout le monde en erreur : « chouchen » est un mot récent, apparu à la toute fin du XIXe siècle chez un négociant de Rosporden. Le breton en avait d’autres avant lui, dont « mez ». Rien là-dedans n’a de racine druidique, même si le marketing du produit s’en réclame volontiers.

La vraie différence

Chouchen ou hydromel ?

Dans le langage courant, c’est la même chose. Sur une étiquette, non : le mot « hydromel » est encadré par la loi depuis 1911, le mot « chouchen » ne l’est pas.

Le terme encadré

Hydromel

Le décret du 2 mai 1911, pris pour l’application de la loi du 1er août 1905 sur la répression des fraudes, réserve ce nom à une boisson « provenant exclusivement de la fermentation d’une solution de miel dans l’eau potable ». Le texte n’a pas été abrogé : ses articles 1, 2 et 4 sont toujours applicables aujourd’hui. Du miel, de l’eau, des levures, et c’est tout.

Le nom breton

Chouchen

Aucune définition réglementaire, aucune AOP, aucune IGP. Un chouchen strictement miel et eau est aussi un hydromel. Mais certaines maisons bretonnes ajoutent du cidre, du jus de pomme ou un trait d’eau-de-vie : dans ce cas, la bouteille reste un chouchen et perd le droit au nom d’hydromel.

Ce que les sources ne tranchent pas

La composition traditionnelle du chouchen fait débat, et nous ne le masquerons pas. L’ethnologue Fañch Postic, qui a écrit la référence sur le sujet pour Bretagne Culture Diversité, décrit la recette classique comme un simple mélange d’eau et de miel (environ 500 g de miel par litre), certains producteurs y ajoutant du cidre ou de l’eau-de-vie. D’autres références font au contraire du moût de pomme un ingrédient constitutif du chouchen. Les deux versions circulent, la question n’est pas arbitrée, et prétendre le contraire serait malhonnête. En pratique : lisez l’étiquette, elle vous dira laquelle des deux vous avez en main.

Fabrication

Avec quoi et comment est fait le chouchen

Du miel, de l’eau, des levures et beaucoup de patience. Le reste n’est qu’une affaire de choix de maison.

  1. 01

    Le miel et l’eau

    Tout part d’un moût : du miel dilué dans de l’eau. Les proportions traditionnelles relevées en Bretagne tournent autour de 500 g de miel par litre d’eau. Le type de miel change tout, comme le cépage pour un vin : un miel de sarrasin donne un chouchen sombre et corsé, un miel de fleurs un profil beaucoup plus doux.

  2. 02

    La fermentation

    Des levures transforment les sucres du miel en alcool. Elles peuvent venir du miel lui-même et de l’environnement, ou être ajoutées. C’est l’étape longue : on compte plusieurs mois, là où une bière se fait en quelques semaines. Rien ne se distille, rien ne se chauffe : le chouchen est une boisson fermentée, pas un alcool fort.

  3. 03

    La variante qui fait débat

    Certaines maisons ajoutent du cidre, du jus de pomme ou un trait d’eau-de-vie. C’est précisément là que les sources se contredisent : l’ethnologue Fañch Postic décrit la recette classique comme un simple eau + miel, quand d’autres références font du moût de pomme un ingrédient constitutif du chouchen. Le désaccord n’est pas tranché, et il n’est pas anodin : c’est lui qui décide si la bouteille a droit ou non au nom « hydromel ».

  4. 04

    Repos et filtration

    Le chouchen s’élève ensuite plusieurs mois avant la mise en bouteille. Les productions modernes sont filtrées, ce qui a réglé au passage la question des abeilles écrasées dans les rayons dont la légende a fait un poison.

À table

Comment se boit le chouchen

Frais, dans un petit verre, à l’apéritif ou en fin de repas. Jamais au milieu, sur un plat salé.

À quelle température ?

Frais, entre 8 et 10°C.

Ni glacé, ni à température ambiante. Trop froid, les arômes de miel disparaissent et il ne reste que le sucre. Trop chaud, l’alcool domine. Une heure au réfrigérateur avant le service suffit, et la bouteille entamée s’y conserve ensuite plusieurs semaines.

Dans quel verre ?

Un petit verre, jamais un grand.

Verre à liqueur ou petit verre à vin blanc, rempli au tiers. On sert 4 à 6 cl, pas davantage : à 14-16°, une flûte pleine équivaut à trois verres de vin. Le verre resserré concentre en plus les arômes de miel.

Apéritif ou digestif ?

Les deux, jamais au milieu du repas.

À l’apéritif, il joue le rôle d’un vin doux et ouvre bien un repas breton. En fin de repas, il tient tête au foie gras et aux desserts au beurre salé. En revanche, sur un plat salé, sa douceur écrase tout : c’est le seul moment à éviter.

Avec quoi ?

Le foie gras, le kouign-amann, le far breton.

La règle est celle des accords sucrés : le chouchen accompagne ce qui est gras et salé (foie gras, vieux fromages) ou franchement sucré et beurré (kouign-amann tiède, far breton, gâteau breton). Sur un dessert au caramel au beurre salé, l’accord est presque évident.

Origine

D’où vient le mot « chouchen »

La boisson est très ancienne. Son nom, lui, a moins de cent trente ans et vient d’une réclame de négociant. Repères tirés des travaux de l’ethnologue Fañch Postic.

  1. Avant le mot

    Le breton disait « mez »

    Le miel fermenté se boit en Europe bien avant le vin et la bière, et la Bretagne ne fait pas exception. Mais on ne l’appelait pas chouchen : le breton disait « mez », ou « dourvel », littéralement l’eau et le miel. Le produit est ancien, son nom commercial ne l’est pas du tout.

  2. 15 novembre 1895

    Un remède contre la grippe

    La première trace écrite du mot apparaît dans l’Union Agricole et Maritime, sous la graphie « souchen ». C’est un négociant de Rosporden, dans le Finistère, nommé Le Moal, qui présente ainsi sa nouvelle liqueur, vantée comme efficace contre la grippe. Le chouchen entre donc dans l’histoire par une réclame de pharmacie, pas par un banquet celte.

  3. 1900 - 1919

    Le mot s’installe

    Un char « Chouchen mad » défile à Rosporden en 1900. La revue Dihunamb en publie la recette en 1913. À partir de 1919, le terme entre dans les dictionnaires bretons. En une génération, un nom de marque local est devenu un nom commun.

  4. Vers 1920

    Joseph Postic dépose la marque

    Joseph Postic, maire et négociant de Rosporden, dépose la marque « Chouchen » pour désigner l’hydromel local. Comme pour le kouign-amann, la protection réelle est une marque privée, pas une appellation d’origine : il n’existe aujourd’hui encore ni AOP ni IGP pour le chouchen.

  5. Après 1945

    Le passage à l’échelle

    La production devient semi-industrielle à Rosporden, notamment avec René Gall. Le chouchen quitte la fabrication de ferme en ferme pour la bouteille étiquetée, et se diffuse dans toute la Bretagne.

  6. 1961

    Rosporden, capitale du chouchenn

    L’écrivain Per Jakez Hélias consacre Rosporden « capitale du chouchenn ». Le titre est resté, et avec lui l’ancrage finistérien d’une boisson qui, elle, se fabrique partout où il y a des abeilles.

Vrai ou faux

Cinq idées reçues sur le chouchen

À commencer par celle que nous répétions nous-mêmes sur cette page, et que nous avons corrigée.

  • nuance

    « Chouchen et hydromel, c’est exactement la même chose. »

    Dans le langage courant, oui : on appelle volontiers le chouchen « l’hydromel breton ». En droit français, non. Le décret du 2 mai 1911, pris pour l’application de la loi de 1905 sur la répression des fraudes, réserve le nom « hydromel » aux boissons provenant exclusivement de la fermentation d’une solution de miel dans l’eau potable. Ce texte est toujours en vigueur. Un chouchen élaboré avec du cidre ou du jus de pomme ne peut donc pas être vendu sous le nom d’hydromel : le miel seul y a droit.

  • faux

    « Le chouchen fait tomber en arrière à cause du venin d’abeille. »

    C’est la légende la plus tenace de la gastronomie bretonne. Le récit veut qu’en broyant les rayons de cire on écrasait aussi les abeilles, et que leur venin agissait sur le cervelet. Aucune source sérieuse ne l’établit, et l’explication est jugée invraisemblable. Le vrai coupable est plus simple : une boisson douce et miellée qui titre 14 à 16° se boit beaucoup trop facilement.

  • nuance

    « C’est un breuvage celte ancestral. »

    La boisson, oui : le miel fermenté précède le vin et la bière en Europe. Le mot, non. « Chouchen » apparaît par écrit en 1895 seulement, à Rosporden, dans une réclame vantant une liqueur contre la grippe, et devient un nom commun dans les années 1910. Confondre l’ancienneté du produit et celle de son nom est l’erreur la plus répandue sur le sujet.

  • faux

    « C’est un alcool léger, comme le cidre. »

    Un cidre breton titre entre 2 et 6°. Le chouchen titre 14 à 16°, soit le degré d’un vin, parfois davantage. Sa douceur masque complètement cette puissance, ce qui explique sa réputation. Il se sert en petite quantité, dans un verre à liqueur ou un petit verre à vin, jamais à la chope.

  • faux

    « On le boit uniquement en digestif. »

    Les deux usages existent et se valent. À l’apéritif, frais, il ouvre le repas comme le ferait un vin doux. En fin de repas, il accompagne le foie gras, un dessert au beurre salé ou un kouign-amann. Le seul moment où il est déplacé, c’est en milieu de repas, sur un plat salé : sa douceur écrase tout.

Ne plus les confondre

Chouchen, hydromel, chufere, cidre, pommeau

Cinq boissons bretonnes qu’on range trop vite dans la même case, et un écart de degré qui va de 2 à 18.

BoissonBaseDegré
ChouchenMiel fermenté, parfois cidre ou jus de pomme selon les maisons14 à 16°
HydromelMiel et eau potable exclusivement11 à 14° le plus souvent
ChufereMiel et cidrePlus léger
ChupitesMiel et cidrePlus léger
Cidre bretonJus de pomme fermenté, sans miel2 à 6°
PommeauJus de pomme muté au lambig16 à 18°

Le lambig et le pommeau ont leur propre page : les eaux-de-vie bretonnes.

Chez Ty Louis

Le chouchen à Paris 12

Nous ne produisons pas de chouchen : nous sommes un restaurant breton, pas une maison d’hydromel. Ce que nous faisons, c’est le servir au bon moment et dans le bon verre, au milieu d’une famille de boissons bretonnes complète : cidres bouchés bio, AOP Cornouaille et IGP Bretagne, lambig, pommeau, whisky de blé noir et bières bretonnes.

C’est aussi, très concrètement, la bouteille qu’on ouvre en fin de repas quand le kouign-amann arrive tiède avec sa glace, ou à l’apéritif d’un repas de groupe. Le Faubourg Saint-Antoine est à deux pas de Nation, et la cuisine est bretonne du début à la fin, sans crêpes ni galettes.

Questions fréquentes

Le chouchen, question par question

Qu’est-ce que le chouchen ?

Le chouchen est une boisson bretonne obtenue en faisant fermenter du miel dilué dans l’eau, pendant plusieurs mois. Il titre 14 à 16°, se boit frais et à petites gorgées, à l’apéritif comme au dessert. On le présente couramment comme l’hydromel breton, mais le mot lui-même est récent : sa première trace écrite date de 1895, à Rosporden dans le Finistère.

Quelle est la différence entre le chouchen et l’hydromel ?

Dans le langage courant, aucune : le chouchen est l’appellation bretonne de l’hydromel. En droit français, la différence existe. Le décret du 2 mai 1911, toujours en vigueur, réserve le nom « hydromel » aux boissons provenant exclusivement de la fermentation d’une solution de miel dans l’eau potable. Un chouchen élaboré avec du cidre ou du jus de pomme, comme le font certaines maisons bretonnes, ne peut donc pas être vendu sous le nom d’hydromel.

Quel est le degré d’alcool du chouchen ?

Le chouchen titre généralement entre 14 et 16°, soit le degré d’un vin. C’est bien plus qu’un cidre breton, qui se situe entre 2 et 6°. Sa douceur masque totalement cette puissance, d’où sa réputation de boisson qui monte à la tête : il se sert en petit verre, 4 à 6 cl, pas davantage.

Comment se boit le chouchen ?

Frais, entre 8 et 10°C, dans un petit verre rempli au tiers, à petites gorgées. Il se boit aussi bien à l’apéritif qu’en digestif. Le seul moment à éviter est le milieu du repas, sur un plat salé, où sa douceur écrase les saveurs. Ses meilleurs accords sont le foie gras, les vieux fromages et les desserts bretons au beurre salé.

Avec quoi est fait le chouchen ?

Du miel et de l’eau, fermentés par des levures pendant plusieurs mois. Le type de miel détermine le caractère de la boisson, comme le cépage pour un vin. Certaines maisons bretonnes ajoutent du cidre, du jus de pomme ou un trait d’eau-de-vie, mais ce point fait débat entre les sources : l’ethnologue Fañch Postic décrit la recette traditionnelle comme un simple mélange d’eau et de miel.

Le chouchen fait-il vraiment tomber en arrière ?

Non, et pas pour la raison qu’on raconte. La légende attribue cet effet au venin des abeilles écrasées avec les rayons de cire lors de la récolte du miel. Aucune source sérieuse ne l’établit et l’explication est jugée invraisemblable. La réalité est plus banale : une boisson sucrée et miellée qui titre 14 à 16° se boit sans s’en rendre compte.

Le chouchen est-il protégé par une AOP ou une IGP ?

Non. Il n’existe ni AOP ni IGP pour le chouchen. La seule protection historique est une marque, « Chouchen », déposée vers 1920 par Joseph Postic, maire et négociant de Rosporden. Le terme est depuis passé dans le langage courant. En revanche, le nom « hydromel » est encadré, lui, par le décret du 2 mai 1911.

Où boire du chouchen à Paris ?

Chez Ty Louis, restaurant breton du Faubourg Saint-Antoine (Paris 12), à deux pas de Nation : le chouchen y a sa place dans une sélection de boissons bretonnes qui comprend aussi les cidres AOP Cornouaille et IGP Bretagne, le lambig, le pommeau, le whisky de blé noir et les bières bretonnes, en accord avec une cuisine bretonne sans crêpes ni galettes.

Réservation

Une table breton-friendly à Paris 12

Du mardi au samedi, midi et soir, en service continu.
240 rue du Faubourg Saint-Antoine, entre Bastille et Nation.